« 1500 embauches cette année ! », « Campagne de recrutement historique ! »… D’aucun pourraient croire à la lecture des communiqués de presse et autres posts LinkedIn auto-congratulateurs, que les ESN sont des créatrices d’emplois.
Les communiqués officiels et les annonces de campagnes d’embauches massives montrent les Entreprises de Services du Numérique (ESN) dans une dynamique de croissance ininterrompue. Chaque année, les volumes d’embauches annoncés se comptent par milliers. Pourtant, l’analyse de l’évolution de l’emploi dans le secteur nuance quelque peu cet affichage.
Même si une partie des salariés ne s’y trompent pas vraiment, le décalage entre la communication RH et la réalité opérationnelle repose principalement sur la confusion entretenue entre embauches brutes et créations nettes d’emplois.
Dans un secteur où le taux de turnover structurel oscillerait entre 18 % et 25 % selon les profils, la majorité des recrutements ne vise pas à étendre la capacité de l’entreprise, mais à compenser les départs. Lorsqu’une ESN de 4000 collaborateurs annonce 1500 recrutements sur un exercice, près de 1000 d’entre eux répondent au simple renouvellement des effectifs. La création nette réelle de postes n’est en réalité et au bilan que fréquemment le dixième du volume de recrutement claironné. Et, ici, au SIDP, on connaît d’ailleurs bien une entreprise qui malgré les trompettes annuelles, perd des emplois/postes.
En tout cas le renouvellement continu permet souvent de substituer des profils juniors à des salariés confirmés partis pour une augmentation de salaire ailleurs ou chez le client final, ou vers l’indépendance.
Les annonces mirobolantes de recrutement trouvent leur source dans une pratique questionnable liée sans doute à la concurrence féroce : le “recrutement sur étagère” consiste à mener des processus de sélection complets pour constituer des viviers de candidats disponibles, avant même la signature d’un contrat ou d’un projet au forfait… Si l’appel d’offres est remporté, le recrutement se concrétise ; dans le cas contraire, le processus s’interrompt. Ce fonctionnement préserve la réactivité commerciale, mais contribue à maintenir une distorsion entre les opportunités réelles du marché et les offres d’emploi ouvertes. Et instille la méfiance parmi les candidats jeunes et pourtant confiants.
Cette pratique, il ne faut pas la confondre avec les “recrutements sur profil” qui participent d’une action stratégique, quand des dirigeants, qui voient l’avenir, estiment que l’entreprise doit disposer de certains profils porteurs en attente de mission, même payés à rien faire (c’est dire leur valeur).
A n’en pas douter l’image de recrutements massifs est un levier de visibilité voire d’attractivité. Mais elle ne reflète pas vraiment la santé économique, particulièrement dans le domaine des ESN. Sur un marché désormais axé sur la maîtrise de technologies qui défraient la chronique, comme l’intelligence artificielle et la cybersécurité, il est sans doute préférable de moins se fier aux volumes d’entrées escomptés qu’à la réelle capacité de l’entreprise visée à transformer et fidéliser les compétences. En somme, il faut AUSSI regarder l’actualité et la documentation sociales de l’entreprise qui nous fait de l’oeil.
Évolution des créations nettes du secteur d’après le syndicat de patrons Numeum (ex-Syntec)
| Année | Créations nettes d’emplois (Secteur Numérique) | Contexte & Dynamique |
| 2022 (Année record) | +47 000 créations nettes | Post-Covid, surchauffe du marché, surenchère salariale. |
| 2023 | +30 000 créations nettes | Début de rationalisation des budgets IT chez les grands comptes. |
| 2024–2025 | -7 500 à 0 (Stabilisation) | Ralentissement marqué, destockage d’intercontrats et gel relatif des embauches. |
| 2026 (Tendances) | Croissance modérée des effectifs | Reprise tirée par l’automatisation et l’IA, mais sans retour aux volumes de 2022. |
Sources : https://numeum.fr/les-etudes/
Illustration générée par IA


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