Utilisation de mon téléphone personnel pour les besoins de l’entreprise

… C’est à dire, comment les charges d’exploitations de l’entreprise sont insidieusement supportées par les salariés (ce qui est d’ailleurs un peu ce qu’il se passe avec le télétravail) !
Bientôt peut-être, au cours du processus de recrutement, l’employeur demandera si vous disposez d’un ordinateur et d’un téléphone (smartphone s’il vous plaît) pour travailler. Et si vous n’en avez pas, un(e) autre candidat(e) en aura…

Petit rappel (*) : R4321-1 et -2
1 L’employeur met à la disposition des travailleurs les équipements de travail nécessaires, appropriés au travail à réaliser ou convenablement adaptés à cet effet, en vue de préserver leur santé et leur sécurité.
2 L’employeur choisit les équipements de travail en fonction des conditions et des caractéristiques particulières du travail. Il tient compte des caractéristiques de l’établissement susceptibles d’être à l’origine de risques lors de l’utilisation de ces équipements.

* parce qu’on ne peut pas tantôt se passer des règles et tantôt vouloir les appliquer : tantôt prendre les barèmes URSSAF pour des limites, et tantôt se passer d’appliquer le code du travail. Tantôt de prendre les exonération de cotisations sociales patronales, et tantôt de se passer d’appliquer les salaires minima conventionnels…

L’histoire commence comme ça :

« Nous allons activer le MFA (Authentification Multifacteur) sur votre compte Microsoft. Cette modification impactera notamment l’accès à votre relevé de temps de travail et à votre boite mail Office.
Votre smartphone sera indispensable, soit pour recevoir des SMS, soit pour utiliser l’application « Microsoft Authenticator » que vous pouvez dès maintenant installer à partir des stores officiels Apple ou Google.
« 

Aspect financier

Considérons qu’un ordinateur professionnel convenable accompagné de son écran coûte 900€ HT (vraiment juste convenable), et un smartphone portable 200€ HT (vraiment juste convenable).
Sachant que l’ordinateur s’amortit généralement en 3 ans en comptabilité, il « coûte » 300€ chaque année en charge d’exploitation pendant 3 ans.
Sachant qu’un smartphone a une durée de vie plutôt courte (n’est-ce pas…), il s’amortit en 1 an et coûte donc 200€ chaque année, chaque fois qu’il faut le changer en fait. On peut d’ailleurs presque dire que c’est du consommable, au même titre que les feuilles de papier.

Si bien que le matériel d’un salarié coûte 500€ par an à l’entreprise. Alors si c’est désormais le salarié qui paie, c’est d’autant moins de charges d’exploitation, c’est donc mécaniquement plus de résultat d’exploitation, et in fine davantage de bénéfice distribuable.

A force de marteler que les salariés sont des collaborateurs, l’idée de communauté de dépenses pourrait bien se répandre.

Et alors, on entendra sans doute bientôt dire qu’il est normal que les salariés collaborent désormais financièrement à la réussite de l’entreprise… En dépensant une partie du salaire que l’entreprise leur donne afin de se donner les moyens de bien travailler pour la-dite entreprise. N’y aurait-il pas comme un problème ?

Seriez-vous prêt à agir pour obtenir une contrepartie financière, genre « indemnité matériel » ?

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Super !

Nous reviendrons vers vous pour toute action collective !

Aspect social

Dans l’histoire d’activation de la double authentification, il est question d’utiliser un smartphone, donc un numéro de téléphone.

Or les données personnelles étant devenues une marchandise, chaque individu doit pouvoir décider s’il consent à l’exploitation de ses données, et dans quelle mesure, pour quelle finalité.

Cela veut dire que, pour décider, chaque individu doit savoir ce qu’il sera fait des données qu’il confie ou qu’on lui demande de confier. Dans le cas présent, il ne s’agit pas seulement de donner un numéro de téléphone à l’entreprise, mais de le donner aussi à un tiers, en l’occurrence Microsoft… qui en fera quoi ? Première question…

En tout cas, en France, les représentants du personnel sont (dans toute entreprise qui respecte la loi) impliqués dans la mise en place de tout nouvel outil qui impacte la vie des collègues, et dans la définition des procédures de gestion du personnel. Le rôle des membres du CSE est de se poser les bonnes questions, au nom de leurs collègues. De les poser à l’employeur, puis de voter un avis « éclairé » qui se compose de autant de suggestions à l’employeur que de conseils aux collègues.

Et des questions, vous en avez !

Quelle utilisation Microsoft fera-t-elle de mon numéro de téléphone ?

Que se passe-t-il si le salarié de l’équipe n’a pas de téléphone adéquat ? Peut-il travailler comme les autres ?

Que se passe-t-il si le téléphone est en panne ?

Que se passe-t-il si le salarié, au nom de la protection de ses données personnelles, n’entend pas permettre l’utilisation de son numéro de téléphone personnel ?

Que se passe-t-il si le téléphone ou l’ordinateur est volé, avec toutes les données de l’entreprise qui y sont chargées ?

Le salarié est-il obligé de sécuriser son téléphone personnel pour répondre aux besoins de sécurité industrielle de l’entreprise, voire des clients de cette dernière ?

Et certainement d’autres ?

Enfin voyez comment les conseils qu’un juriste donne aux employeurs sur le cas des téléphones portables :

https://www.teleric.net/2021/07/06/%E2%9A%96-droit-utilisation-du-telephone-portable-des-salaries-a-des-fins-professionnelles-la-fausse-bonne-idee/


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