L’intermission (parfois dite intercontrat) est un moment charnière dans la vie d’un consultant en ESN. Si elle devrait théoriquement servir à se former ou à se ressourcer, elle est devenue, dans le contexte de marché de 2025-2026, une période de fortes tensions. Pression des directions, « comités de carrière » expéditifs, incitations au départ…

Pour vous aider à traverser cette période tout en protégeant votre santé et vos droits, voici le comportement à adopter face aux sujets chauds du moment, d’après les retours de terrain du SIDP.

Les sujets chauds à surveiller de près

La pression au départ : Ruptures conventionnelles et licenciements « Far West »

Face à la baisse d’activité, certaines ESN cherchent à se séparer rapidement de leurs salariés en intermission prolongée. Le SIDP constate une recrudescence de méthodes agressives :

  • La rupture conventionnelle « forcée » : Présentée comme la seule issue amiable pour éviter un licenciement économique déguisé (et masquer une fraude au plan social).
  • Le licenciement pour faute grave « clé en main » : Une méthode de type Far West où l’employeur monte un dossier de toutes pièces pour faute grave fictive, puis propose immédiatement une indemnité transactionnelle à peine négociable en échange de votre silence.

Le piège France Travail : Si vous acceptez une transaction assortie d’indemnités « supra-légales » (au-delà des indemnité prévues légalement), sachez qu’elles déclenchent un différé d’indemnisation spécifique auprès de France Travail pouvant aller jusqu’à 150 jours sans allocations. Le SIDP rappelle que pour être viable, une transaction financière négociée de la sorte doit impérativement être supérieure à 6 mois de salaire pour être « intéressante » (même le SIDP considère la pratique illicite !).

Mécénat de Compétences ET activités de recherche : Entre Générosité et optimisation fiscale

Le mécénat, c’est la grande tendance dans les ESN : placer les consultants en intermission au sein d’associations via le prêt de main-d’œuvre.

  • Ce qu’il faut savoir : Si le principe est valorisant pour le salarié, l’ESN y trouve un intérêt financier majeur grâce à la défiscalisation (réduction d’impôt sur les sociétés calculée sur le coût de revient du salarié).
  • Le comportement à adopter : Assurez-vous que les missions proposées respectent vos compétences et votre projet professionnel. Le mécénat ne doit pas être une « mission placard » punitive ni un moyen pour l’ESN de geler vos discussions salariales ou vos augmentations sous prétexte que vous « coûtez cher » en intermission.

Quant aux projet de recherche et développement, cela fait bien longtemps que c’est utilisé par les ESN pour des résultats critiquables. Cap Gemini a fait la Une des journaux pour n’avoir pas pu justifier le Crédit d’Impôt Recherche (CIR). Astek, où le SIDP a une section, n’a pas fait la une, mais a été rattrapée elle aussi. Et bien d’autres…

Il faut adopter le même comportement que pour les missions de mécénat. Rester professionnel, mais ne pas hésiter pas à dire ce qui ne va pas. Notamment s’il est reproché un défaut de compétences, il faut savoir rappeler quand une formation est nécessaire. Et, la même chanson, laisser des écrits par email.

Les Risques Psychosociaux (RPS) et la santé au travail

L’isolement, les contraintes accrues et le sentiment d’inutilité ressentis en intermission affectent durement la santé mentale des salariés. Les pressions répétées des managers ou du staffing poussent de nombreux collègues à l’épuisement.

  • Le conseil du SIDP : Si la situation dégrade votre sommeil, votre santé personnelle ou génère une anxiété intenable, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant (qui prescrira si besoin un arrêt maladie, et dans certains cas graves pourra établir un certificat d’accident de travail). Mais pensez aussi à solliciter le médecin du travail et à alerter vos représentants du personnel (CSE / SIDP) pour acter la situation.

La « to-do list » du salarié en intermission : soyez proactif et positif

Pour rester maître du jeu et vous protéger juridiquement de tout reproche (manque de réactivité, désengagement), vous devez adopter une attitude irréprochable et formalisée.

  • [ ] Cadrez votre lieu et vos horaires de travail : L’intercontrat est une période de travail normal. Demandez par écrit (email) des consignes claires sur votre lieu de travail (télétravail, présence à l’agence, horaires, réunions de suivi).
  • [ ] Formalisez vos démarches par un email hebdomadaire : Ne restez pas silencieux. Chaque semaine, envoyez un message synthétique à votre manager ou chargé de staffing indiquant votre présence, votre disponibilité, et listant vos démarches (réponses aux propositions de missions, état d’avancement des formations). C’est votre meilleure preuve d’engagement en cas de litige.
  • [ ] Ne boycottez aucun entretien client : Même si une mission vous paraît totalement hors de votre profil ou éloignée géographiquement, participez au point de staffing ou à l’entretien. Signalez en amont et de manière factuelle les inadéquations par écrit, et faites un compte-rendu écrit juste après l’échange.
  • [ ] Utilisez le temps pour vous former (avec preuves) : Passez des certifications, suivez des modules internes, mais veillez à conserver toutes les attestations de réussite et à les transmettre à vos RH.

Un doute ? Une pression ? Ne restez pas isolé !

L’intermission n’est pas une faute, c’est un risque entrepreneurial qui incombe entièrement à l’ESN, pas au salarié.

Si vous faites face à des propositions suspectes (« signe là et on s’arrange »), à des pressions managériales injustifiées, ou si vous constatez une dégradation de vos conditions de travail durant cette phase, rapprochez-vous immédiatement des élus de votre CSE ou d’un syndicat comme le SIDP. Le syndicat est là pour vous accompagner, analyser votre situation, et faire respecter vos droits face aux dérives du secteur.

Partagez ce guide autour de vous, protégez vos collègues !